POURQUOI L'ART A-IL SA PLACE DANS L'INSTITUTION SPECIALISEE ?

          Pour tenter de répondre à cette question, je vais citer D.W Winnicott : "Nous constatons ou bien que les individus vivent d'une manière créative et sentent que la vie vaut la peine d'être vécue, ou bien qu'ils sont incapables de vivre créativement et doutent de la valeur de la vie."

La créativité est pour D.W Winnicott plus qu'une hypothèse, mais un postulat qui, en somme, est garant du bien-être intérieur de chacun. Il n'y a assurément pas qu'une seule manière de vivre sa vie de manière créative. Aussi, je me propose d'aborder la notion de créativité dans la pratique artistique par le biais de l'Art.

Je pense que le projet artistique peut-être utilisé en institution, comme une métaphore qui permet à la personne l'approche de la réalité extérieure. La créativité vécue au travers de ce dernier devient quelque chose d'universel qui est inhérente au fait de vivre comme le soutien D.W Winnicott.

Sur les différents lieux, j'ai pu constater que cette prise de pouvoir sur l'existence est d'autant plus laborieuse à mettre en oeuvre que les personnes sont en difficultés.

Je crois que pour les enfants ou les adultes qui souffrent d'un handicap, d'une déficience mentale, de problèmes psychiatriques ou bien victimes sociales, le projet peut leur permettre de trouver ou de retrouver leur statut de sujet, considérant qu'il peut être mis à mal de par leur prise en charge au sein d'un établissement.

C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de motiver l'investissement ou l'engagement, mais plutôt de les mobiliser pour qu'ils soient acteur dans le projet, comme ils peuvent être acteur de leur propre vie. C'est ce que je me propose d'illustrer dans cet écrit, au travers de deux de mes expériences.

Très rapidement, je me suis rendu compte que mobiliser les personnes ne s'avère pas le plus simple à faire. Le premier obstacle rencontré a été pour moi la barrière du langage.

Je me devais d'être compris au travers de mon discours. Je devais employer des mots que les travailleurs du CAT connaissent pour formaliser des idées simples. Avec les adolescents de l'IME, les nouvelles technologies (photos numériques) et le soutien des éducateurs référents se sont avérés utiles.

Le rapport à l'inconnu est en lien direct avec la notion de créativité. L'enjeu et j'en étais conscient, était bien sûr de susciter la mobilisation de chacun.

Le projet est par essence générateur d'angoisse et de crainte de par l'idée de projection dans le futur. Ce temps futur fait peur parce qu'il détient une part d'inconnu. Il est source d'incertitudes et laisse place au doute sur ce qui va se passer, se produire.

Les repères contextuels quotidiens qui sont connus et de ce fait rassurants sont amenés à être reconsidérés par le projet, le changement peut alors être déstabilisant.

Je bousculais les habitudes avec un projet qui interrogeait : "Est-ce qu'on sera payé lorsqu'on peindra ?" demanda J., "Combien de fois pourrons-nous venir ?... et est-ce qu'on pourra emmener nos peintures chez nous ?" se préoccupait M.-T.

Ces questions étaient légitimes. Je me devais de leur répondre afin de dissiper leurs appréhensions et les éventuelles fausses idées. La compréhension du projet est essentielle car c'est d'elle dont va dépendre l'investissement des acteurs. Ainsi, je souhaite que le projet artistique leur permette de mobiliser leurs acquis (intellectuels, relationnels et manuels) pour profiter de cette nouvelle dynamique et afin de les aider à évoluer.

Je pense qu'une sensibilisation à l'Art et à la culture est non seulement essentielle auprès des personnes accueillies mais aussi auprès du personnel encadrant. Pourquoi ne pas organiser des rencontres avec des professionnels capables de transmettre leur expérience dans des lieux tels que galeries, ateliers, expositions, etc. ou peut-être de les inviter au sein des institutions ?

Avant la mise en oeuvre du projet, l'équipe doit comprendre la portée du travail éducatif qu'il propose. Quand j'ai présenté mon projet "peinture murale" en réunion institutionnelle de l'IME, le dialogue qui s'est créé autour du partenariat a été très productif.

Il a permis d'ouvrir le champ à d'autres possibles. L'éducatrice chargée de l'atelier vidéo a vu l'opportunité de réaliser un documentaire sur le déroulement du projet "peinture murale". Elle trouva pertinent pour son groupe qu'il puisse filmer un projet dans la durée.

L'éducatrice du groupe informatique/multimédia proposa de réaliser des panneaux photos. Elle y voyait un support de travail pour le traitement d'images numériques sur ordinateur. Elle proposa également de réaliser avec son groupe des clichés de peintures murales réalisées dans la région. L'institutrice du groupe IMPRO trouva le projet intéressant pour travailler l'expression orale et écrite au travers du récit des journées consacrées au projet. Le projet que je proposais devenait moteur et a permis d'insuffler une nouvelle dynamique de travail.
ART & EDUCATION SPECIALISEE


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