LA PRESENCE DE L'EDUCATEUR



          La présence de l'éducateur semble être donnée comme une évidence dans le travail éducatif. Toutefois, il me semble impératif de conserver en permanence un esprit critique dans le domaine éducatif et en l'occurrence, à l'égard des évidences.

          Ainsi, je pense que la présence de l'éducateur est une attitude, une manière d'être, un accompagnement qui se veut en permanence remis en question suivant le contexte, la nature des lieux, les projets, les personnes, l'état d'esprit, etc. On ne peut certes pas occulter la personnalité de l'éducateur, avec laquelle il doit composer.

          Cependant, la conscience de soi doit servir dans l'accompagnement des personnes pour finalement pouvoir l'adapter au mieux. "Un travail sur soi-même, une connaissance de ses zones d'ombre, me semble être une discipline qui donne cohérence à l'éthique d'un travail avec l'autre." (Marie-Claude JOULIA, Vladimir MITZ) La professionnalisation du métier d'éducateur nous guide dans cette voie.

          La présence ne se restreint pas à ce qu'elle donne à voir aux autres, elle est également constituée d'une part intime qui va de soi à soi. Elle consiste à prendre conscience de soi en faisant comme un "état des lieux" de notre être, de notre personne, c'est se rendre présent à soi même.

          Elle serait une condition préalable à l'empathie comme capacité à ressentir l'autre sans que cela puisse nous affecter. Dans la relation d'accompagnement, la présence serait signe du croisement de deux mouvements incessants : celui qui va de soi à soi et celui qui va de soi à autrui.

          La présence de l'autre me renvoie à ma présence, c'est l'indissociabilité de ces deux présences qui font la relation et laisse l'ouverture à la rencontre.

          Certaines pratiques permettent en quelque sorte de prendre contact avec nous-mêmes, elles s'avèrent nécessaires avant toutes relations au monde.

          La présence, être là, n'est pas de l'ordre du faire. Elle est davantage du côté de la relation.

        Notre présence peut être absorbée par autre chose, par soucis d'efficacité, fixé sur nos objectifs, sur nos désirs de résultats, de visibilité, de rentabilité, de prouver quelque chose aux autres ou à nous mêmes. Nos pensées se trouvent alors divisées entre le moment présent et le temps à venir.

        Cependant, il est parfois intéressant de maîtriser certain moment d'absence relative comme modalité de la présence : tu attendais une réponse au lieu de cela je m'émerveille de ta question, ta question c'est ta fécondité, un conseil peut suffire à l'éteindre.

          C'est une manière d'affirmer la confiance accordée au sujet dans ce qu'il entreprend. Utiliser l'absence apparente pour construire la relation.

          La présence du regard joue également son rôle : remarquer la présence de ce qui n'attire pas l'attention, requiert d'être présent à ses émotions, à ses intuitions. Je ne sais pas ce qui me touche, ni pourquoi ça me touche, mais je dis comment ça me touche et ça lui donne une présence nouvelle, ouverte.

          Être présent c'est aussi rendre présent. Être conscient de cet état de fait permet d'être plus vigilant quant à la qualité de la relation que nous offrons aux personnes que nous accompagnons quotidiennement.
               
          La notion de responsabilité ne me semble pas éloignée de celle de la présence de l'éducateur. Il m'est arrivé de me demander si parfois mes mots, mes paroles, mes actes que je voulais "aidant" ne faisaient pas plus souffrir et ce, inutilement.

          La présence ne peut pas se dissocier de la manière d'être, de la manière "à être" avec les personnes.
               
          L'accompagnement ne va pas sans difficulté. Il m'est arrivé bien des fois d'être tenté d'influencer et même de "dicter", sous prétexte d'apprentissage d'une technique. L'excuse ou la bonne intention est de vouloir aider autrui pour le sortir d'une difficulté.
               
          Par exemple, pour C. qui faisait couler plus de peinture sur ses pieds avec son rouleau qu'il en étalait sur le mur ; je lui ai demandé d'enlever le surplus de peinture en raclant le rouleur sur le bord intérieur du pot.

          Je lui ai donné "ma solution" à "sa difficulté" pour qu'il évite d'en avoir sur les pieds. A ce moment, je n'ai pu su lui offrir l'espace de liberté nécessaire à ce qu'il trouve, par lui-même, la solution à son problème.

        Involontairement, je l'ai renvoyé à son incapacité de trouver une réponse, sa réponse, alors qu'il en était objectivement capable. Il aurait été plus judicieux que je lui demande de trouver sa solution au problème.

          Il ne faut pas non plus tomber dans l'absurde et s'interroger sur tous nos faits et (est) gestes au risque de perdre de la congruence  cher à Carl Rogers . Pourtant, il faut garder à l'esprit que l'on a une part importante de responsabilité vis-à-vis de ces personnes alors qu'on est sensé leur apporter une aide.
               
            L'apprentissage de technique n'est pas pour autant à proscrire bien au contraire. Il permet de donner de nouveaux moyens, de mettre à disposition de nouveaux outils.

          C'est une manière d'ouvrir des possibles servant la créativité et la création. C'est aussi autoriser le sujet, mieux armé, à se dépasser. Pour rejoindre J.Bruner dans son approche psychosociale du développement de l'enfant et l'étendre à la personne en difficulté, je pense qu'il est important, pour qu'un soutien soit efficace, de permettre à ces personnes d'aller au-delà de ce qu'elles sont capables de faire seules, puis savoir progressivement s'effacer lorsqu'elles parviennent à le réaliser de façon autonome.


L'éducateur
ART & EDUCATION SPECIALISEE


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